.- Chapitre 80 -.

.- Chapitre 80 -.
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La jeune adolescente les devança, ne prononçant pas un seul mot durant toute leur remontée de la 36e rue . Elle posait ses grands yeux bleus, généreusement maquillés, sur chaque passant et son visage pâle, à moitié caché derrière ses longs cheveux noirs, prenait l'air des gens qui ont conscience d'être ignorés de tous . Soudain, elle s'arrêta devant la bouche du métro, leva la tête vers le panonceau en indiquant la ligne - plus par réflexe que par doute - et s'engouffra à l'intérieur . Le couple, qui l'avait jusqu'alors sagement suivi, lui demanda où est-ce qu'elle se dirigeait .

- C'est par ici, chez moi . J'imagine que vous voulez d'abord parler avec ma mère .
- A vrai dire, on voudrait d'abord en savoir un peu plus sur toi avant de fixer les choses
, répliqua Billie Joe

Pressant le pas pour suivre la marche énergique de la jeune fille, ils la suivirent de nouveau jusqu'à une rangée de sièges en plastique bleu sur lesquels ils s'assirent côte à côte . Amy prit alors la parole, fixant la voie où le métro allait bientôt arriver :

- Je m'appelle Amy Campbell . J'vis avec ma mère dans un appart' miteux d'Harlem . J'ai 15 ans et j'crois que c'est tout ce qu'y a à savoir ... Ah oui ! Vous devez être les seules personnes à qui j'ai parlé autant depuis des semaines, excepté Ramona .
- Tu parles pas
, demanda Billie Joe, étonné de rencontrer son opposé
- Non. Même pas au psy qu'on m'a collé .

Cette dernière phrase fut à moitié couverte par l'arrivée du métro . Ils y entrèrent et n'eurent pas grand mal à trouver une place assise, le métro étant vide à cette heure-ci . Les deux adultes profitèrent du calme que la situation leur offrait pour interroger leur nouvelle mère porteuse sur sa vie, ses goûts, ses projets, etc . Tout ce dont les adultes ont besoin pour se faire un avis, plus ou moins vrai, sur un adolescent . Lorsqu'ils sortirent du métro, Tré l'interpella de nouveau :

- Ta mère est d'accord pour ta grossesse ?
- Oh, vous savez, ma mère ...


Se dirigeant vers les escaliers menant à la sortie, elle poursuivit :

- Disons que j'pourrais me faire violer devant elle, elle broncherait pas .
- T'y vas un peu fort là,
commenta Billie Joe
- C'est une sale droguée aux médocs ! Elle est toujours stone .
- Oh je vois ... Une victime du Prozac .
- Ouais . C'est là-dedans qu'elle noie ses problèmes .
- Quels sortes de problèmes
, intervint le batteur, enfin ... Si c'est pas trop indiscret .
- Ceux de la classe ouvrière . Mais vous devez pas connaître ...
- On vient de la classe ouvrière
, répliqua le couple

Amy s'arrêta, fit demi-tour sur elle-même et, les observant de haut en bas, répliqua à son tour :

- Ah bon ? Vu vos fringues, ça remonte en tout cas .

Aussitôt, Tré analysa ses vêtements, n'ayant jamais pensé qu'il lui donnait un air de riche . Reprenant sa marche, Amy revint sur son affirmation, concentrée et les yeux rivés vers le ciel, étonnamment dégagé et ensoleillé pour un après-midi d'hiver :

- Quoique vous devez pas être si riches que ça, pour venir gratter un gosse à une de vos ex, au lieu d'adopter .
- Eh, comment tu sais qu'on été venus "gratter un gosse à une de nos ex"
, s'écria Tré
- Il est arrivé à peu près la même chose à ma mère . Son ex qui se ramène un beau jour à la maison pour lui demander d'être sa mère porteuse . Il lui a promit monts et merveilles, puis finalement a tout annulé au dernier moment . Résultat, me voilà ...

Elle s'arrêta, alors qu'ils entraient dans Harlem et se tourna vers eux, plongeant sévèrement ses yeux dans les leurs :

- J'vous préviens, si vous me faites le coup de tout annuler au dernier moment, j'vous envoie quand même le gosse par colis !

Le couple rit, avant de lui jurer de ne pas faire comme son père . Ils traversèrent le pont, silencieux, avant que Tré demande :

- Euh, juste pour info, c'est qui l'père de l'enfant ?

Amy ne répondit rien, Billie Joe lui jeta un regard noir . Quittant le métal du pont pour le bitume d'Harlem, ils marchèrent dans ce quartier pauvre de New York, croisant au détour d'une rue une bande de pré-adolescents qui rirent d'Amy .

- Hey la gothique, s'exclama l'un d'eux de sa voix aigue
- T'as trouvé des clients on dirait, renchérit son ami, regardant le couple

Amy leur jeta un regard méprisant et haineux, puis poursuivit sa route sans un mot, ayant comprit au cours des nombreuses interpellations de ce genre, endurées depuis son enfance, que l'indifférence était la meilleure des insultes . Au bout de quelques minutes, elle s'arrêta devant des escaliers rouillés qu'elle emprunta jusqu'à entrer dans l'appartement insalubre qu'il lui servait de toit depuis sa naissance . Entrant dans ce qui devait être le salon, elle s'assit sur un vieux matelas qui s'avérait être son lit et répondit enfin à la question de Tré, sans pour autant le regarder, comme si c'était à elle-même qu'elle parlait :

- Ca s'est passé ici . A l'époque c'était encore mon voisin . J'sais pas si on peut dire qu'on s'aimait, mais en tout cas on s'entendait bien . C'soir là, il est resté ici, on a parlé longtemps, puis bah ... On en avait envie tous les deux, alors on l'a fait .

Elle s'arrêta pour lever les yeux vers eux .

- Gardez vos commentaires moralistes pour vous .
- Oh mais on comptait te faire la morale
, répondit Billie Joe, se dirigeant vers la fenêtre pour observer encore une fois le triste spectacle qu'offrait la rue, tu nous offres le bébé dont on rêve depuis des mois, alors on va pas te reprocher de l'avoir conçu .
- Très bien . Vous voulez boire ou manger quelque chose ?
- Qu'est-ce qui a dans cette cuisine miteuse
, demanda Tré
- Du lait, un fond d'glace à la vanille, des cookies ... et un paquet d'clopes .
- Va pour les clopes
, s'exclama le couple en choeur

Amy sourit, jeta le petit paquet sur la table, avant de saisir une cigarette entre ses doigts fins .

- Hep ! C'est pas pour toi, intervint Billie Joe, t'es enceinte .
- Quoi ? En plus de gerber tous les matins, j'vais devoir arrêter d'fumer ?
- La dure loi de la grossesse
, répliqua Tré avec un grand sourire moqueur
- Commencez pas à me narguer ou j'avorte, grommela Amy en s'enfonçant dans son siège.

Billie Joe et Tré sourirent . Puis, ayant finit leur cigarette, finirent avec elle le paquet de cookies . Vers 17h, après avoir échangé encore quelques mots, ils se levèrent pour partir . Voyant qu'elle ne bougeait pas, ils l'interpellèrent :

- Tu viens ?
- Où ça ?
- A l'hôtel, avec nous
, répondit Tré
- On va pas te laisser dormir ici, poursuivit Billie Joe

*
*__*

- Une invitée de dernière minute, demanda la réceptionniste de l'hôtel, en désignant Amy
- Oui, répondit le guitariste avec un sourire, tout en saisissant la clé qu'on lui tendait
- C'est votre fille ?
- Pas vraiment
, répliqua l'intéressée

La réceptionniste échangea alors un regard avec sa collège . Devinant ce qu'elles s'imaginaient, Billie Joe improvisa :

- C'est ma jeune nièce . Sa mère est en voyage d'affaires et personne pour la garder !

Frottant ses cheveux avec un enthousiasme faux, il poursuivit :

- Heureusement, tonton est de passage en ville, alors hop, une petite nuit à l'hôtel tous frais payés .
- Quelle veinarde
, s'exclama la seconde réceptionniste

Amy lui rendit son sourire . Puis, en compagnie de son prétendu oncle et de ce qui devait être le compagnon ou simple ami de celui-ci, se dirigea vers l'ascenseur, pour accéder enfin à leur chambre, loin de regards suspicieux et des justifications fausses .

- Connasse, laissa échapper Amy, qui n'allait casser d'étonner le couple ainsi

Une fois entrée dans l'immense chambre, elle choisit le canapé comme lit, malgré l'insistance du couple pour lui céder le véritable lit dont disposait la chambre . Lorsqu'ils lui proposèrent ensuite de descendre manger, elle déclina l'offre :

- J'vais encore vous faire passer pour des pédophiles .

Le couple céda à ce nouvel caprice étrange, mais Billie Joe, aussi inquiet pour la santé de la jeune fille - que la grande taille faisait sembler anormalement mince - que pour celle de son futur enfant, logeant dans son ventre, lui ordonna sous forme de conseil de manger quelque chose, lui indiquant qu'elle pouvait commander tout ce qu'elle voulait depuis la chambre .

- Sauf de l'alcool, précisa Tré

*
*__*

Le soir venu, dans l'obscurité de leur chambre, inconsciemment assis sur le bord du lit, Billie Joe et Tré se remettaient lentement de toutes les émotions que cette journée avait engendrées . A travers la porte de la chambre, ils entendaient Amy remuait sur le canapé, comme secouée par un début de sommeil instable et, à voix basse, ils échangeaient leur avis sur elle :

- Je l'aime bien, cette gamine, dit Tré, elle est intelligente, mature et a du caractère .
- Ouais, elle est assez punk
, confirma Billie Joe, qui qualifiait ainsi tout ce qui lui plaisait
- Faut avoir un putain d'courage pour prendre une décision pareille à son âge, quand même !

Le guitariste ne commenta pas cette dernière phrase . Dans sa tête, il revoyait clairement le vieux pont rouillé qu'ils avaient emprunté, les mauvaises herbes poussant en contrebas, au milieu des bidons d'essence abandonnés sur le béton grisâtre, les jeunes noirs, traînant dans la rue, adossé pour de longues années aux murs de brique criblés de tags d'Harlem, l'appartement aux murs sales et placards à moitié vides, le vieux matelas troué qui servait de lit à Amy ... Le triste diaporama d'une misère new-yorkaise à peine différente de celle qui avait accompagnée sa propre jeunesse, passée entre Rodeo et Berkeley .

- On va pas la laisser là, dans la pauvreté, murmura-t-il, ça peut pas être notre manière de la remercier ...
- Non, non . Mais tu veux quoi ? Qu'on l'adopte elle aussi ? Elle accepterait peut-être, mais pas sa mère .


Il se pencha vers Billie Joe pour caresser sa joue du bout des doigts .

- Concentrons-nous sur son bébé d'abord, sur notre bébé .

Le rockeur tourna la tête, sourit légèrement et laissa Tré embrasser ses lèvres . Il ne savait pas si c'était les remords de savoir qu'il retournerait au final dans sa grande villa californienne, se contentant de soigner sa conscience par des envois réguliers de chèques, ou si c'était les déceptions passées qui le rendait méfiant, mais il n'arrivait pas à partager la joie de Tré . Sa tête était bouillante de questions, aussi bien que lorsque le batteur l'enlaça, il le stoppa : la réalité avait soudain frappé son esprit .

- On nous laissera jamais l'enfant .
- Quoi ? Pourquoi ça ?
- J'suis pas sûr que prétendre être le père de l'enfant d'une gamine d'à peine 15 ans soit un argument qui joue en notre faveur pour obtenir sa garde ... A moins que la justice américaine considère maintenant les pédophiles comme d'excellents parents .
- On peut pas leur reprocher de pas aimer les enfants ...


Croisant le regard de Billie Joe, Tré comprit que l'heure était au sérieux et non pas à la plaisanterie noire . Il se leva donc et alla saisir le BlackBerry de son époux dans la valise de celui-ci . Il vint se rasseoir à ses côtés et se connecta à Internet pour faire quelques recherches . Les deux hommes lurent attentivement l'article juridique que Tré venait d'ouvrir . Au bout d'une bonne centaine de lignes de ce blabla ennuyeux, ce dernier sourit, ses yeux parcourant la phrase suivante, à la toute fin d'un paragraphe résumant les conditions de l'adoption en Californie : " L'adoptant peut être célibataire ou marié."

- Tu vois qu'on nous le laissera, s'exclama Tré

Le rockeur ne dit rien, se contentant juste de sourire aussi, glissant sa main autour des épaules de Tré, tout en enfonçant sa tête au creux de son cou, pour continuer de regarder le petit écran du BlackBerry leur promettre l'enfant dont ils rêvaient .

- Mais ... Qui l'adoptera ? Toi ou moi ?
- Toi
, répondit Billie Joe, sans grande hésitation

C'était le seul et meilleur cadeau qu'il pouvait lui faire, pour le remercier de son pardon . Tré avait conscience de l'énorme prise de risque que cela représentait . C'est pourquoi, posant au loin le téléphone, il renversa Billie Joe en arrière, mêlant ses lèvres aux siennes . Leurs bouches ne cessaient de s'appeler et de se repousser et leurs mains parcouraient le corps de l'autre avec frénésie, tant l'un comme l'autre, ils étaient secoués par la passion comme s'ils l'avaient perdu durant des décennies . A chaque minute qui défilait, la température de leurs corps augmentait . Après avoir longuement roulé sur son corps et inversement, Billie Joe, choisissant finalement d'être sur le dos, serra ses cuisses autour du bassin de Tré, lui arrachant un gémissement .

- Chut, on est pas seuls !
- Désolé, il m'a échappé ...


Il lui mitrailla dans un murmure que ce n'était pas grave, puis se cambra, tendant les bras au loin pour saisir les draps, les fines lèvres de Tré décorant son propre bassin de baisers brefs, mais néanmoins excitants, dont lui seul avait le secret . Son corps entier était contracté et sa lèvre inférieure subissait, impuissante, la pression douloureuse de ses incisives, par obligation de ne laisser échapper aucun bruit, tandis que ses ongles s'enfonçaient dans la peau du batteur, laissant la traînée rouge vive d'une excitation incontrôlable au fur et à mesure qu'ils la griffaient . Serrant les cuisses de son époux dans ses mains, en dominateur prêt à assouvir son désir primitif, Tré entra en lui en un mouvement sec et brutal, mais qui ravit le corps suant qu'il le subit . Billie Joe ne bougeait plus, seulement attentif aux va-et-vient du membre rigide dont il avait demandé la venue, dans un hurlement muet . L'orgasme ne tarda pas à se répandre dans son corps, à la vitesse d'une décharge électrique, l'enveloppant d'une chaleur étouffante en cette nuit de mi-Novembre . Leurs corps déliés, ils se couchèrent l'un sur l'autre, récupérant peu à peu leur souffle . Le guitariste, sentant les mouvements réguliers et rapides du ventre de son époux, sentit également monter en lui un rire de joie, qu'il noya pour ne pas passer pour un fou . Cet ébat était le symbole de la renaissance de son couple .
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# Posté le samedi 11 juillet 2009 15:00

Modifié le dimanche 12 juillet 2009 10:19

.Chapitre 81.

.Chapitre 81.
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Une des coutumes des pays protestants étant de ne pas cacher son sommeil aux yeux du Tout-Puissant par l'épais bois d'un volet, les premiers rayons de soleil vinrent caresser les visages des deux époux vers les environs de 9h du matin. Le plus âgé renonça à se rendormir et tandis qu'il tentait de s'étirer, sentit un bras, fermement enroulé autour de sa taille, lui empêcher tout mouvement. Cela devait bien faire un mois qu'il ne s'était pas réveillé ainsi, nu et enlacé par l'homme qu'il aimait, après avoir mélangé son corps au sien dans un énième ébat, la nuit précédente. Il finit par se lever, au détriment du sommeil de Tré. Ils échangèrent un bref sourire, puis, une fois le bas de leurs deux corps couverts, ils entrèrent dans le salon de la chambre d'hôtel, qu'ils trouvèrent vide et rangé, comme si leur mère porteuse avait quitté les lieux pour rentrer à Harlem.

- Où est Amy, demanda le batteur

Billie Joe hocha la tête en direction de la salle de bain, d'où le bruit de l'eau pleuvant dans une douche répondait à sa question. Tré lui fit alors remarquer qu'ils étaient donc seuls dans la pièce, avant de s'avancer vers son lui, un sourire lubrique sur les lèvres, jusqu'à le plaquer contre le dossier du canapé. Avec un rire amusé, le guitariste lui demanda aussitôt :

- Tu veux le faire une deuxième fois ici ?
- Non, j'veux juste mon bisou du matin.


Il le lui donna volontiers, saisissant ses lèvres fraîches et humides entre les siennes. Avec Tré, le premier bisou de la journée s'avérait être comme la première cigarette pour un fumeur de longue date : le plus agréable. Mais ce matin-là, un témoin aurait plutôt qualifié leur baiser d'intense. Il était excité, les signes ne trompaient pas, surtout pour Billie Joe qui avait apprit à les reconnaître un par un au fil du temps : sa langue plongeait de plus en plus profond dans sa bouche, ses muscles devenaient de plus en plus fermes et sa respiration plus en plus bruyante. Mais pour rien au monde, le rockeur ne l'aurait arrêté. Au contraire, il se laissait volontiers emprisonner entre ses bras et laissait ses mains courir à leur guise sur la peau du batteur.

- Y a des hôtels pour ça, plaisanta Amy, qui venait se faire irruption dans la pièce
- Et où on est à l'instant, répliqua Tré, souriant, avant de donner un dernier baiser à son mari

*
*__*

Le couple et la jeune adolescente étaient assis autour d'une table, sur la petite terrasse d'un café de Brooklyn, noyant leur reste de sommeil dans un expresso. Les deux hommes discutèrent encore une fois de la grossesse avec Amy, allant jusqu'à lui raconter les anecdotes, plus ou moins positives, des grossesses de leurs ex-femmes respectives. Elle aurait pu se décourager face à de qu'ils limitaient presque à nausées matinales, sautes d'humeur et kilos en trop, mais au contraire, ils avaient réussi à effacer sa crainte en abordant le sujet avec humour. Porter la vie en elle n'allait pas être une partie de plaisir, on ne pouvait pas leur reprocher de ne pas avoir insister là-dessus, mais elle savait désormais qu'elle pourrait compter sur eux quand sa tâche lui paraîtrait trop difficle, ou, dans le pire des cas, se venger sur eux, comme ses aînées l'avaient parfois fait.

- Qu'est-ce que tu vas faire après la naissance du bébé, demanda soudain Billie Joe, la tirant de ses pensées
- Déjà vous maudire pour la douleur endurée pendant l'accouchement, puis retourner au collège, tout ça ...

Il semblait insatisfait de sa réponse, comme s'il avait attendu de sa part un plus grand investissement, une fois son devoir de mère porteuse achevé. Plutôt qu'être scandalisée de se voir demander davantage alors qu'elle faisait déjà preuve d'une immense générosité - alors que son jeune âge et le statut de quasi inconnus des deux futurs pères pour elle étaient des raisons suffisantes pour s'en abstenir - elle chercha à savoir le fond de sa pensée en lui demandant à son tour :

- Pourquoi cette question ?
- Tu vas retourner au collège comme ça, comme s'il c'était rien passé ?
- Tu veux quoi ? Qu'on se partage la garde
, répliqua Amy, intriguée par ses questions
- Non non. Mais, j'sais pas ... Je m'attendais à ce que tu veuilles savoir ce qu'il deviendra.
- Oh non ! Pas de nouvelles ou de photos pour les anniversaires ! Pour tout vous dire, j'veux même pas savoir le nom que vous lui donnerez, à c'gamin. J'suis pas sa mère ! J'veux dire, une fois qu'il est sorti de mon ventre, il est à vous, point final.
- Merci, gamine
, intervint Tré, pour calmer la discussion avant qu'elle en vire en véritable dispute

Adoptant de nouveau un ton posé, le guitariste reprit la parole :

- Je peux te poser une dernière question ?
- T'es un vrai gosse
, s'exclama Amy, hilare
- Billie a tellement de questions dans sa tête à la seconde qu'il peut pas s'empêcher d'en poser à haute voix à longueur de journée, expliqua Tré à l'adresse de la jeune fille, portant son verre cartonné à ses lèvres, les yeux fixant son conjoint

Il rie gentimment de lui avec l'adolescente, tous deux reconnaissant en lui la curiosité d'un enfant en bas âge.

- Le gosse peut parler, ironisa Billie Joe, affichant une mine boudeuse

Il obtint un retour le silence et deux hochements de tête approbatifs et poursuivit :

- Pas que j'veuille te faire changer d'avis, mais pourquoi tu nous donnes ton bébé ? J'veux dire, tu nous connais à peine !
- J'avais pas de quoi me payer un avortement, donc il fallait des parents adoptifs pour cette larve. Or y s'trouve que vous
vous êtes pointés les premiers. Voilà tout. Et puis je vous fais confiance de toute façon ... Vous êtes un couple solide.


Aussitôt, Billie Joe et Tré échangèrent un regard, se demandant d'une même voix comment elle pouvait en être si sûre de la solidité de leur couple au bout de seulement deux jours. Aussi embarrasée qu'amusée de leur gêne future, Amy s'expliqua :

- Un couple qui baise est un couple qui tient ... J'vous ai entendu hier soir.

Tré recracha sa gorgée de café, tandis que la future mère se retient de rire, face au visage décomposé de honte de Billie Joe.

*
*__*

De l'autre côté de la ville, dans un appartement insalubre d'Harlem, une main fatiguée écrivait une, lettre, proprement et dans les règles, si ce n'est le papier légèrement jauni par le temps et la saleté d'un tiroir. Mais ce qui importait, ce n'était pas l'état du support de cette lettre, mais son contenu. C'était seulement quelques phrases, une vingtaine tout au plus, et pourtant, c'était une lettre que personne ne voudrait avoir à lire. Ce genre de lettres dont chaque mot se cogne à vos tripes jusqu'à vous en donner la nausée et accroche vos yeux jusqu'à pénétrer dans votre esprit pour y raisonner longuement, douloureusement.

Soudain, la main hésita à conclure en exprimant à l'écrit tout l'amour qu'elle éprouvait pour la destinataire.

- Elle ne me croirait pas, pensa-t-elle

Puis, avec ce besoin irrésistible qu'ont les hommes de toujours vouloir exprimer ce qui n'a pas besoin de l'être, elle conclut sa lettre par les trois mots les plus difficiles à dire parfois, même s'ils ont étaient écorchés par la banalité au fil des générations.

*
*__*

- Il est temps que j'rentre chez moi, s'exclama Amy, se levant de son siège vert, finement sculpté
- Tu veux qu'on t'accompagne, demanda Billie Joe, on aura peut-être la chance de rencontrer ta mère cette fois ...

La jeune adolescente haussa les épaules pour leur faire comprendre qu'ils n'avaient qu'à suivre leur volonté et quitta les quartiers de Brooklyn et leur parfum d'american way of life pour la misère d'Harlem. Lorsqu'elle poussa enfin la porte d'entrée de l'appartement, ses grands yeux bleus n'eurent pas à parcourir la pièce longtemps avant de tomber sur la lettre écrite quelques minutes plus tôt. Elle n'en lu que la moitié avant de la lâcher, poussant un juron - dont l'intonation toutefois plate laissait comprendre qu'elle ne vivait par cette situation pour la première fois - les yeux rivés vers la salle de bain, d'où provenait le son d'un jet d'eau. Elle dut admettre que sa crainte s'avérait justifiée et se précipita vers la petite pièce, priant pour arriver à temps. Le couple saisit alors la lettre, pensant que son contenu l'aiderait à comprendre ce qui se passait.

"__Amy,

La vie est dure ces temps-ci, trop dure pour une femme comme moi. J'aurais aimé avoir ton courage, ta force ... mais j'en suis dépourvue. Ces dernières années, je t'ai vu grandir et mûrir. Tu es carrément une femme maintenant, ma chérie ! Alors je ne m'inquiète pas pour toi, tu sauras t'en sortir sans moi. Tu l'as toujours fait, au fond. Je t'ai donné ce qu'une mère doit donner à son enfant, maintenant tu es capable de te faire une place dans ce monde. On se retrouvera là-haut. Adieu, en espérant que tu aies la vie heureuse que tu mérites.

Je t'aime.__"

Ils rejoignirent aussitôt leur mère porteuse dans la salle de bain. A genoux au sol, elle tenait dans ses bras le corps inconscient, mais en vie, de sa mère, dont le bras resté dans la cabine de douche en rougissait encore l'eau, stagnante sur le carrelage blanc.

- Elle a encore fait une tentative de suicide, déclara la jeune fille, d'une voix imprégnée d'un mélange de peine et de colère
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# Posté le mercredi 05 août 2009 04:11

Modifié le jeudi 06 août 2009 16:07

.- Chapitre 82 -.

.- Chapitre 82 -.

Lorsque Laury Campbell ouvrit les yeux, trois silhouettes floues étaient dressées devant elle. Elle se releva, mais, la tête tournante, dut se rallonger un court instant, dont Billie Joe profita pour se présenter ainsi que son compagnon :

- Bonjour, nous sommes les futurs parents adoptifs de l'enfant de votre fille, Amy.

Aucune réponse, juste un regard fixant. Il continua avec le débit rapide de paroles :

- Je m'appelle Billie Joe Armstrong et voici mon mari, Frank Edvin Wright III.

Il avait préféré éviter de présenter Tré sous son nom de scène, pour donner à son couple un air plus normal, terre à terre, se méfiant du cliché qui voudrait que les artistes n'aient aucun temps à consacrer à leurs enfants. Mais Tré, peu habitué à être appelé par son nom civil grimaça et ne put donc s'empêcher d'ajouter :

- Tré pour les intimes !

Mais Tré ou Frank, Laury ne s'en souciait guère. Elle s'était figé sur les premiers mots de Billie Joe : "l'enfant d'Amy". Sa fille, enceinte ? Depuis quand ? Comment ? De qui ? Elle avait perdue trop de temps concentrer sur son petit nombril et n'avait pas vu sa propre fille grandir. Grandir ? Elle n'avait pas grandit ! Pas assez pour être enceinte. Elle n'avait que 15 ans, bon sang.

- Comment tu t'es retrouvée en cloque toi, s'exclama-t-elle à l'adresse d'Amy
- A ton avis, répliqua-t-elle froidement
- Quoi? Mais je t'ai pas éduqué pour écarter les cuisses si jeune !

Amy encaissa sans un mot, se retenant de donner son opinion sur la fameuse éducation reçue par sa mère, pour ne pas la blesser. Billie Joe, compatissant devant cette humiliation publique, tenta de s'initier dans la conversation mère-fille houleuse :

- Bref, on est venu pour vous demander votre accord pour ...
- Quel accord ? Celui pour engrosser ma fille ?
- C'est pas l'père maman
, répliqua Amy, de plus en plus exaspérée
- Alors c'est qui ? Dis-moi.
- Joshua Dickens, l'ancien voisin.
- Ah il porte bien son nom, ce p'tit con !


Décidément très rétablie, Laury se tourna d'un bond vers le couple et changea de sujet :

- Donc vous voulez quoi vous deux dans l'histoire ?
- Adopter l'enfant
, expliqua calmement Tré
- Ah non, ça jamais ! Manquerait plus que ça ...

Tous deux restèrent aussi interdit qu'Amy.

- Elle avortera, point final. Au revoir.
- Avec quels sous
, répliqua de nouveau sa fille
- J'économiserai, je ferai des heures sup' ... peu importe.

Amy tenta de répliquer une dernière fois, mais Laury haussa le ton :

- Il est hors de question que tu gâches ta vie pour ses deux inconnus !
- Gâcher ma vie ? C'est juste 8 mois ! T'emballes pas comme ça !
- Et l'école pendant ces 8 mois, t'y as pensé un peu ? Je sue que tu ailles dans une bonne école et toi tu veux tout lâcher ? Non mais Amy ! Puis imagine qu'ils peuvent pas l'adopter au final ou qu'ils veulent plus ... Tu t'retrouveras avec ce bâtard à vie ...
- Comme toi
, s'exclama Amy, en larmes, comme toi c'est ça ? Dis-le. Dis-le pour une fois dans ta putain d'vie !

Ravalant ses larmes, Amy fixa sa mère et après un cour silence, laissa tomber ces mots :

- Je porterai cet enfant, que tu le veuilles ou non. T'as rien à dire là-dessus. Tu m'as toujours laissé traîner dans les rues de New York, sans te soucier de tout ce qu'il aurait pu m'arriver. C'est pas maintenant que tu vas jouer les mères inquiètes.

Elle salua froidement sa mère, avant d'indiquer la sortie au couple et de claquer la porte derrière eux, laissant sa mère sans voix.

*
*__*

Marchant à vive allure sur le pont d'Harlem, les larmes coulant sur ses joues pâles, Amy quittait une énième fois son quartier, mais avec la ferme intention cette fois-ci de ne plus jamais remettre les pieds. Sa mère avait dépassé les limites, à un tel point que même avoir enfin exprimé les reproches gardées durant des années n'était pas une libération suffisante face à la douleur qu'elle venait d'engendrer chez elle. Abattue, elle se laissa tomber sur les marches finales du pont, vite rejointe par le couple.

- Et sa signature, s'exclama Billie Joe, il nous la faut !
- Tant pis ... Je signerai à sa place.

Soupirant, les yeux au ciel, elle ajouta :

- Comme à chaque fois.

Les deux hommes et l'adolescente restèrent là, assis à fixés l'horizon durant un moment. Puis, ils se levèrent et marchèrent jusqu'à la bouche de métro la plus proche, où ils prirent la ligne les déposant devant l'aéroport JFK. Arrivés dans le colosse d'acier, ils achetèrent in extremis trois billets d'avion pour Oakland, où Amy allait séjournait, le temps de sa grossesse.

# Posté le samedi 22 août 2009 09:47

Modifié le samedi 22 août 2009 15:07

.- Chapitre 83 -.

.- Chapitre 83 -.
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Comme tous passagers à bord de son premier avion, Amy avait la tête bouillante de questions morbides et la brochure qu'elle tenait entre ses doigts moites était loin d'apaiser son angoisse. Pourquoi avaient-ils besoin de lui rappeler que l'avion avait une chance de finir sa route dans un champ de l'Iowa ? Billie Joe, amusé par son comportement, lui adressa un sourire.

- Ca va aller ?
- Ouais, ouais.


C'était sans compter l'intervention de l'hôtesse de l'air. En cas d'incident ? Masque à oxygène ? Elle avala sa salive, puis obéit aux ordres donnés par le commandant de bord. L'avion se mit soudain à rouler, rouler, rouler jusqu'à la faire se languir de l'effrayant décollage. Soudain, elle se sentit comme aspirée contre son siège, condamnée à la quasi immobilité et, jetant un coup d'oeil à travers le hublot, vit la piste de décollage devenir de plus en plus petite. Un décollage, ce n'était que cela en fait.


*
*__*


- La demoiselle en veut un aussi ?

La voix féminine, polie mais agaçante, l'avait tiré son sommeil. Elle eut à peine le temps de reconnaître l'univers plastifié qui l'entourait qu'une seconde voix, plus proche d'elle et plus familière l'interpella :

- Tu veux un plateau-repas, Amy ?

Sa bouche était pâteuse et dans le fond de sa gorge, il y avait comme une gelée visqueuse. Rien que l'idée d'avaler ne serait-ce qu'une bouchée lui donnait l'impression que cette gelée avait migré dans sa boche.

- Non, merci
- Okay. Donc 2 plateaux-repas
, conclut Billie Joe pour l'hôtesse

Le couple ouvrit les petites portions de nourriture, sagement rangées et fermées hermétiquement devant eux. Aussitôt, une odeur de poulet trop sec mélangée à celle d'épis de maïs entra dans ses narines. La gelée visqueuse pressa contre les parois de sa gorge, des gouttes de sueur apparurent autour de ses lèvres et dans son dos, ses jambes tremblèrent et son visage pâlit. Elle tapa le bras de Billie Joe, qui se tourna vers elle, avant de lui faciliter en vitesse le passage vers les toilettes, imité par Tré. Entrée dans l'étroite cabine, Amy eut tout juste le temps de se pencher au-dessus de la cuvette, avant qu'une quinte de toux suivie d'un spasme n'achève la migration de la gelée visqueuse, qui se révéla être au final un liquide acide, éclaboussant sur les rebords de la cuvette avec un bruit répugnant. Elle tira la chasse avant que l'odeur ne la fasse vomir une deuxième fois et alla se rincer la bouche. Son reflet n'était pas beau à voir, transpirant et fatigué. Baissant les yeux vers son ventre, elle s'exclama :

- Tu mériterais que j'te vomisse dans la foulée.


*
*__*


Les oreilles encore douloureuses après l'atterrissage, Amy suivait Billie Joe et Tré vers la sortie de l'aéroport, serrant contre sa veste en cuir son sac American Apparel, prêté par Ramona, tout comme les vêtements qu'il contenait. La première chose qui attira son attention à l'extérieur, c'était la luminosité du soleil californien. Même en été, le soleil n'était pas aussi éblouissant à New York, en grande partie à cause de ses gratte-ciels. Une voiture grise métallisée se gara près d'eux et un grand homme blond en sortit. Avançant vers eux, il leva un de ses bras particulièrement musclés, que de nombreux tatouages recouvraient, et exagéra un "hey" muet qui donnait des airs de clown à son visage grave. Après s'être jeté amicalement dans ses bras, Billie Joe la désigna d'un mouvement de bras pour attirer l'attention du grand blond vers elle et entama les présentations :

- J'te présente Amy, notre nouvelle mère porteuse.

D'un mouvement de jambes, le grand blond se dressa devant elle, pour venir lui plaquer deux bises brèves sur les joues, en guise de "bonjour". Comprenant à son silence timide que l'adolescente se sentait perdue face à lui, Tré poursuivit les présentations, enroulant un bras autour des épaules d'Amy et désignant de l'autre l'homme à qui on venait de la présentait.

- Et voici Mike Dirnt, notre meilleur ami.
- Et le meilleur bassiste du monde
, plaisanta Billie Joe

Mike feignit la modestie, avant de les inviter à monter dans son véhicule. C'est quand il continua étonnamment tout droit à l'embranchement d'High Street et de Melrose que Billie Joe, jusque là silencieusement assis sur le siège passager, l'interpella :

- Mais ... Tu nous ramène pas à chez nous ?
- Non, Adie nous invite tous à dîner.


Jetant un regard dans le rétroviseur intérieur de la voiture, le bassiste ajouta :

- Histoire de faire connaissance avec la gamine.
- Avec tout le monde ? Joey, Jakob et Brittney ?
- Ouais, mec. Et nous deux futurs marmots.


Billie Joe se retourna donc vers la jeune adolescente et, avec cet étrange réflexe qu'ont certains adultes de retransmettre aux adolescents un discours tenu en leur présence, lui expliqua donc où ils se dirigeaient, avec un sourire ravi :

- J'vais te présenter mes fils et mon ex-femme.

Amy, fatiguée, se contenta de hocher la tête et se laissa entraîner vers ce dîner qui ne l'enchantait guère.

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# Posté le jeudi 03 septembre 2009 11:46

Modifié le dimanche 06 septembre 2009 15:24

.- Chapitre 84 -.

.- Chapitre 84 -.
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Après une visite involontaire des rues perpendiculairement entrecroisées d'Oakland, la voiture s'arrêta devant un grand portail noir sculpté. Billie Joe devait avoir laisser une jolie fortune à son ex-femme, pour qu'elle ait besoin de la cacher comme une européenne. Aussitôt, elle s'imagina une blonde décolorée, cachant également son âge derrière des dizaines de liftings. Mais lorsqu'on leur ouvrit la porte, elle eut l'agréable surprise de voir qu'il n'en était rien. Elle avait en face d'elle une femme d'une quarantaine d'année, bien habillée pour un tel âge et coiffée d'une multitude de dreadlocks noires, relevées en queue de cheval.

- Alors c'est toi Amy, l'interpella Adrienne, avec un sourire sincère, spectacle encore inhabituel sur le visage d'un adulte

Elle hocha la tête et entra, après y avoir été invitée, ainsi que les trois musiciens qu'elle précédait.

- L'ex-femme, OK, pensa-t-elle, maintenant voyons voir les gosses ...

Un garçon s'approcha alors, grattant ses cheveux bruns et bouclés. Il devait avoir au maximum deux ans d'écart avec elle.

- Salut, lui dit simplement, d'une voix qui achevée sûrement de muer
- Joey, où est ton frère, intervint Adrienne
- Tu t'appelles donc Joey, conclut Amy
- Ouais, répondit-il, avec un sourire à la fois amusé et timide, avant d'indiquer à sa mère où était Jakob

Une petite boule de poils noire et blanche trottina vers Amy, s'arrêtant à ses pieds, avant de lever sa truffe rose vers elle, la fixant avec fascination. Billie Joe fit alors les présentations entre Amy et le quatrième membre de son ancienne maison :

- J'te présente Fluffy, le chien d'la maison.
- C'est un chien ça
, répliqua Amy dans un rire

Elle adressa un sourire à ce petit être que visiblement un rien enthousiasmait, avant de suivre tout le monde jusqu'à la salle à manger, où se trouvait déjà une jeune femme blonde, dont le ventre arrondi laissait deviner qu'elle était enceinte. A son attitude envers Mike, Amy devina qu'elle devait être sa petite amie. Billie Joe la salua, dévoilant son prénom, avant de demander :

- Comment se porte le bébé ?
- Très bien,
s'exclama Mike
- Sa mère, un peu moins, répliqua Brittney
- Garçon ou fille, demanda Tré depuis sa chaise
- Un p'tit gars, répondit de nouveau Mike
- Et il a un prénom, ce p'tit gars ?
- On s'est décidé pour Brixton.


Tré arqua un sourcil en entendant de ce prénom peu commun, puis tourna la tête vers son compagnon.

- J'veux que le notre ait aussi un nom original ! Comme moi, ajouta-il ensuite avec un sourire
- Tu t'appelles Franck, rétorqua le rockeur, comme ton père ET ton grand-père. Alors côté originalité ...

Cette remarque fut récompensée par une hilarité générale, à l'exception de Tré, dont la fausse mine boudeuse disparue sous un baiser de Billie Joe. C'est dans cette bonne humeur que tout le monde s'attabla, pour mieux remarquer l'entrée de Jakob.

- Viens t'asseoir, ordonna gentiment Adrienne

Il salua tout le monde de sa voix fluette, s'assit en face de son grand frère et commença à manger ce qu'on avait servi dans son assiette, rapidement imité par tous. Comme elle l'avait imaginé, Amy fut questionnée tout au long du repas par Adrienne, Mike ou Brittney. L'ambiance conviviale aidant, Amy se prêta au jeu des confessions, répondant à toutes leurs questions.


*
*__*


Au moment du dessert, alors que les annecdotes des vacances de chacun fusaient de part et autre de la table, Mike en profita pour annoncer l'évènement principal qui avait marqué les siennes, passées dans une des capitales européennes :

- J'ai fais ma demande, s'écria-t-il, montrant à tous la bague de fiançailles de Brittney
- Oh elle est magnifique, s'exclama Adrienne, saisissant la main de la fiancée

Voyant l'inscription gravée à l'intérieur du bijou, Billie Joe taquina son meilleur ami :

- Oh ce que t'es romantique, Mike !
- Eh moi j'ai pas eu le droit à un "Je t'appartiens pour toujours" , prostesta Tré, faussement jaloux

Pour toute réponse, Billie Joe lui montra le tatouage qu'il s'était fait faire au tout début de leur relation : les trois lettres composant le pseudonyme du batteur, gravées à jamais en capitales d'imprimerie sur le côté intérieur de son annulaire droit.


*
*__*


Rapidement ennuyés par les discutions d'adultes, Joey, Amy et Jakob montèrent à l'étage, dans la chambre de ce dernier. Là, le cadet présenta à leur invitée ses jouets et les diverses photos qui recouvraient le mur de sa chambre, avec un ton enfantin qui ne manqua pas d'amuser les deux aînés. Ayant eut le malheur de poser ses yeux sur la console de jeu du jeune garçon, Amy se vit entraîner dans une partie de NBA virtuelle, qu'elle gagna avec brio.

- Incline-toi, lança-elle au vaincu
- Je parie que j'te bat au VRAI basket.
- Vous avez de quoi jouet ?
- Ouais, on a un panier dans l'jardin
, expliqua Joey

Se dressant d'un bond, Amy proposa une partie de basket que les deux garçons acceptèrent. N'ayant jamais pratiqué ce sport auparavant, la partie s'avéra toute différente, mais, malgré ses paniers manqués, elle se déroula au son des rires et des cris féminins. Après avoir réussi le dernier panier, Joey en profita pour la taquiner à son tour :

- Je crois qu'il vaut mieux que t'en restes aux manettes.
- Oui, mais j'ai une excuse : j'avais jamais touché un ballon de ma vie.
- Vraiment ? T'as jamais joué au basket ?
- Avec quoi tu voulais que j'joue dans mon appart' ? Une pomme ?
- Ca aurait été un hommage à ta ville
, plaisanta-il, non sérieusement, y a d'autres trucs que t'as jamais fais et que tu voudrais faire pendant ton séjour en Californie ? J'sais pas, genre jouer au baseball, de la guitare ou de la batterie, aller surfer ...
- Surfer ? Ouais, ça me tenterait.
- Okay, bah ce week-end, on peut aller la plage.
- La plage ? En Novembre
, intervint Tré, qui venait d'entrer dans le jardin
- J'ai des combinaisons spéciales, répliqua Joey, ça ira.
- Combinaisons pour quoi
, demanda Billie Joe qui venait de les rejoindre
- Surfer. Amy n'a jamais fait de surf et voudrait essayer.
- Très bien. J'vous emmènerai un de ces jours.


Le visage de Joey s'assombrit légèrement à l'entente de cette expression qui s'avérait souvent être un "jamais".

- Ce week-end par exemple, répliqua-t-il
- Oui ou ...
- S'il te plait, papa !
- D'accord, d'accord. Ce week-end.


Fier, Joey tendit un grand sourire à Amy, avant que Tré ne lui indique qu'il devait la quitter. Le long rituel des bises d'au revoir terminé, les invités remontèrent dans la voiture grise. Observant encore le paysage défilant à travers la vitre, Amy était cette fois-ci envahie par un sentiment très peu ressenti dans sa vie : le bonheur. Si on lui laissait le choix, elle ne quitterait jamais la Californie, son soleil, l'ambiance de cette journée et toutes les personnes dont elle avait récemment fait la connaissance.

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# Posté le samedi 26 septembre 2009 09:37

Modifié le samedi 26 septembre 2009 11:36